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Archive for the ‘Soutien’ Category

Après trois et demi de procédure, c’est mardi prochain que se tiendra le procès en appel des agresseurs de Nouredine Rachedi, le jeune homme sauvagement frappé parce qu’il était musulman. Le 14 février dernier, en première instance, c’était « au bénéfice du doute » que les agresseurs avaient été relâchés, laissant à Rachedi, profondément traumatisé par l’agression, un gout amer d’injustice. Jugés pour « violence en réunion à raison de l’appartenance religieuse », les deux jeunes hommes sont proches de groupuscules extrémistes. S’ils nient l’agression de Nouredine Rachedi qui les a pourtant formellement reconnu, l’un d’eux a déjà été mis cause à plusieurs reprises pour agression.

Nouredine Rachedi a fait appel et reçoit tout le soutien du CCIF, qui s’était constitué partie civile à ses côtés.Mais il a besoin de vous !

 N’hésitez pas à relayer l’information sur Twitter et sur Facebook en lui apportant votre soutien.

Et surtout, allez le soutenir le mardi 12 juin à 14h lors du procès qui se déroulera à la Cour d’Appel de Versailles, 5 rue Carnot 78000 Versailles (située aux grandes écuries de la Reine, à deux pas du château du Versailles)

Twitter : https://twitter.com/#!/nrdin

Site internet : https://justicepournouredine.wordpress.com/

Source : CCIF

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Communiqué de presse

Le MRAP soutient Nouredine Rachedi, victime de violences racistes

Il est impératif que toute violence à l’encontre d’une personne en raison de son origine ou de sa religion ne reste pas impunie.
Pour cela, le MRAP de Saint-Quentin-en-Yvelines et environs, qui conformément à ses statuts lutte contre les violences racistes, soutient Nouredine Rachedi, passé à tabac à Guyancourt dans la nuit du 24 au 25 juillet 2008, parce qu’il était musulman.
Le MRAP s’étonne de la relaxe en première instance des auteurs de cette agression raciste, alors qu’ils avaient été formellement identifiés et se réclamaient ouvertement du nazisme.
Il demande que les agresseurs, qui seront jugés en appel à Versailles le 12 juin 2012, reçoivent une sanction à la hauteur de la gravité de leurs actes.

Pour le comité local du MRAP

Le bureau

Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples

MRAP SQY-E de Saint-Quentin en Yvelines et des Environs

4 allée Saint-Exupéry 78190 TRAPPES

Source : MRAP

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Nous étions à peine deux semaines après mon agression islamophobe.

J’avais rendez-vous ce jour-là vers République, dans les bureaux du journal « Libération », afin qu’ils écrivent un article sur mon affaire. Il pleuvait des cordes ce jour-là.

Un jeune étudiant, touché par mon histoire dont il avait eu connaissance via le réseau des dérouilleurs, tenait absolument à me voir avant de s’envoler pour les Etats-Unis, où il devait entamer une année d’étude capitale. Il avait pris contact avec moi par mail, et il me disait que mon histoire l’avait touché et qu’il voulait m’offrir un cadeau. « C’est juste l’histoire de cinq minutes, donne-moi un endroit où je peux venir te voir, au moins que je t’adresse mon soutien ». Je lui ai donc donné rendez-vous à République, juste avant mon rendez-vous avec les journalistes.

Je m’étais abrité sur une terrasse couverte d’un des restaurants de la place, afin de l’attendre au sec. Il m’a reconnu par la trace que je portais toujours à l’œil gauche et qui commençait déjà à partir.

« Je te remercie d’avoir accepté de me voir. J’ai été très touché par ce qui t’est arrivé. Moi et toute ma famille. On parlait de toi, de cette histoire complètement incroyable. Cet interrogatoire, ces questions… Est-ce que t’es musulman ? Depuis combien de temps t’es en France ? Et puis, la Yougoslavie… Trois jours après l’arrestation de Radovan Karadzic… Dis-moi d’abord, comment te sens-tu ?

–          Bah, je crois que ça aurait pu être bien pire. J’ai toujours mal quand je respire fort, j’ai mal au bas du dos quand je m’assoie, je me repose du mieux que je peux !

–          Ah, quand on a vu ta photo… Ah, ils t’ont pas loupé !

–          Tu sais quoi ? Y avait quelqu’un de l’autre côté du parc qui a du surprendre mes agresseurs. Pendant qu’ils me tabassaient, j’entends un de mes deux agresseurs dire à son copain « Aller c’est bon on se casse ! » Parce qu’il y avait quelqu’un qui a compris qu’il se passait quelque chose. »

Il m’a jeté un regard terrifié. Il avait très bien compris d’où je revenais.

« Courage mon frère ! Courage ! me répéta-t-il. Moi, je ne te connais pas, mais tout ce que je sais, c’est que Dieu, Il t’aime ! Oui, Dieu, Il t’aime ! Voilà, j’ai un petit cadeau de la part de toute ma famille, le voici ! »

J’ouvris le cadeau, tout ému. Il s’agissait d’une bougie parfumée dans un bocal de verre orné de motifs orientaux. J’étais très ému par le geste.

« Quand tu vivras des moments où tu te sentiras seul, tu pourras allumer cette bougie », me dit-il.

J’en avais les larmes aux yeux, et j’essayais tant bien que mal de me contenir. C’est alors que je lui tendis la main pour le remercier chaleureusement.

« Ce n’est pas fini, me dit-il

–           ??

–          J’ai un autre cadeau pour toi

–          Vraiment ? lui répondis-je étonné

–          Oui. C’est de la part de mon père. Il m’a demandé de te serrer très fort dans mes bras. De sa part »

Nous nous sommes serrés très fort ce jour-là. Moi, je pleurais, et je le remerciais infiniment. Lui, son père, et toute sa famille. Ce jour-là, il pleuvait des cordes.

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En 2008, Nouredine Rachedi avait été agressé par 2 skinheads qui lui avaient demandé au préalable s’il était bien musulman. Plus de 3 ans après, le procès va enfin avoir lieu, ce mardi. Si théoriquement les deux agresseurs risquent jusqu’à 7 ans de prison, l’issue du procès est incertaine car les deux hommes nient les faits. Nouredine Rachedi a pourtant terminé à l’hôpital, avec hématomes, plaies au crâne, et décollement du poumon.

Cette agression islamophobe ignoble, qui a valu à la victime 21 jours d’ITT, est fermement condamnée par le CCIF qui s’est porté partie civile dans ce procès et qui sera présent mardi afin de soutenir Nouredine Rachedi. Malgré les preuves fournies, il aura fallu plusieurs semaines avant que le parquet reconnaisse le caractère raciste de l’agression :

« J’aurais aimé que le parquet se rende compte par lui-même plutôt que d’avoir à donner des interviews au mois d’août 2008. Cet épisode me reste en travers de la gorge », déclare le jeune homme au site Saphirnews.

Malgré cela, le tribunal a décidé de relaxer les deux individus. Le parquet, ainsi que Nouredine Rachedi et le CCIF ont décidé de faire appel de cette décision injuste.

Source : Collectif Contre l’Islamophobie en France

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Tout d’abord, je suis touché par tous les messages de soutien que je reçois depuis hier. Depuis que je vous ai annoncé la date de mon procès suite à mon agression islamophobe. Il était temps, plus de trois ans et demi après les faits. Après le dépôt de ma plainte. La justice prend du temps. C’est tout à fait normal nous dit-on. Mais comme j’adore me victimiser, laissez-moi vous dire que si c’était moi qui avait agressé mes agresseurs, la justice aurait été bien plus expéditive. Quoi, vous ne me croyez pas ? On parie ?

Ensuite, laissez-moi vous remercier chaleureusement pour tout le bien que vous me faites qui avec vos messages d’encouragement, qui avec vos messages de consolation, qui avec vos messages de sympathie. Ces messages viennent de tous les citoyens épris de justice que vous êtes, quelles que soient votre confession ou appartenance sociale ou ethnique. Certes, beaucoup de musulmans ont été touchés par mon histoire. Mais pas que, loin de là. J’espère être tout aussi présent dans mon combat sur tous les autres racismes tels la négrophobie, le racisme anti-roms par exemple, le racisme anti-juif.

Entre temps, il a fallu se battre pour que ma plainte soit instruite avec la circonstance aggravante du racisme. Cela m’a coûté une médiatisation dont personnellement je me serais bien passé. Vous ne me croyez pas ? Vraiment ? Et bien, si jamais le parquet, dès le dépôt de ma plainte, avait retenu toutes les circonstances aggravantes (ne manquait que la circonstance aggravante de racisme, comme par hasard), je ne me serais jamais aventuré sur le terrain médiatique. Trop coûteux en énergie, en investissement émotionnel. Et que sais-je encore. Et puis, tellement peur de me retrouver coupable alors que je suis victime, pour une virgule mal placée, un mot mal pesé. C’est ça aussi, la condition moderne du musulman en France (écrit sur le ton de la victimisation, bien entendu).

Ainsi, ce qui m’a fait le plus fait mal, dans toutes les réactions suscitées par cette agression, ce sont celles et ceux qui me reprochaient de me victimiser. Leur logique est la suivante : j’adorerais ma place de victime. Exagérons (à peine) : cette agression, je l’aurais cherchée voire même mise en scène. Un peu comme une femme qui se fait violer, qui trouve le courage de porter plainte, et à qui on dirait : « mais tu l’as un peu cherché tout de même ! Regarde comment tu souris, regarde comment tu t’habilles »… C’est au fond la même logique : défendre l’agresseur contre la victime ou faisant passer le bourreau pour la victime et la victime pour un bourreau. Que du connu.

 

Je n’ai jamais regardé la couleur de peau de la victime pour reconnaître à la victime ses droits. C’est la moindre des choses. Mais ces procès en victimisation, par la fréquence à laquelle j’ai dû les encaisser, témoigne d’un profond malaise qui a déjà gangréné les esprits : une victime de confession musulmane n’est pas très rentable, ni médiatiquement, ni politiquement. Tous ces procès en victimisation ne sont qu’invitations feutrées et policées à fermer mon clapet. Et ça marche, puisque j’ai fermé mon clapet plus de trois ans. Mais je voulais au moins l’ouvrir un peu pour dire ceci : à tous ceux qui m’ont fait ces procès-là, soyez courageux, et faites plutôt ce procès aux vrais docteurs ès victimisation, à savoir, toutes celles et ceux qui surfent sur l’islamophobie qu’ils fabriquent et qu’ils alimentent. Tout ceci pour éviter de se responsabiliser un peu et affronter les graves réalités sociales qui minent ce pays et ce continent. L’emploi et le logement par exemple. D’ailleurs, je cherche un emploi dans le domaine du conseil en maîtrise d’ouvrage des systèmes d’information et/ou pilotage de projets informatiques.

Enfin, pour finir, une petite confession. J’ai combattu pendant des années les réflexes de victimisation qui existent chez moi et chez certains de mes frères musulmans. Ces réflexes existent d’ailleurs chez tout groupe discriminé. Je trouvais ces plaintes répétitives fatigantes. Je percevais ces plaintes comme des freins à notre développement personnel et collectif. Mais en luttant contre les mécanismes de victimisation, nous prenons le risque de nous couper des vraies victimes qui veulent être entendues et reconnues dans leur douleur. Des victimes de plus en nombreuses, fabriquées par le climat d’islamophobie et par toutes les politiques de tensions communautaires. Il y a un point d’équilibre à trouver entre lutte contre la victimisation et reconnaissance des victimes. Je le cherche encore. Puissent nos échanges contribuer à m’en approcher.

Nouredine RACHEDI

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Par Stedher

 

A l’occasion de « l’affaire Nouredine Rachedi » et au vu de sa médiatisation, retour sur le traitement journalistique des faits divers impliquant des Indigènes.

 

Une fois n’est pas coutume, félicitons les journalistes. Remercions-les de tous leurs « selon ses déclarations », leurs « il affirme que », leur emploi vertigineux du conditionnel et leur parcimonie dans le traitement médiatique de l’agression dont a été victime notre ami Nouredine Rachedi. Bref, remercions-les pour leur prudence, et finalement pour leur grand professionnalisme.

Malgré tout, nous nous étonnons.

C’est qu’on finit par les connaître un peu, les journalistes. Papier, radio ou télé, nous commençons à être au fait de leur prestidigitation,  de leurs tours de passe-passe et de leurs dons pour le surnaturel. Du coup, en public aguerri, on se demande comment ça se fait que sur cette affaire ils aient fait preuve d’autant de «  professionnalisme » tandis que sur tant et trop d’autres affaires, on les a connus prodigues en bavardages, pris par leur emballement, peu précautionneux ou encore carrément affabulateurs.

Entre nous, il est peut-être bon de se demander si le traitement médiatique de ce type d’affaire diffère en fonction de qui en est le coupable ou en fonction de qui en est la victime.

Les coupables, nous les connaissons, « ce sont toujours les mêmes ». Comme le répondit Marie-Léonie, l’ « affabulatrice du RER D », au président du tribunal qui lui demandait pourquoi elle avait accusé des Maghrébins et des Noirs : « Parce que quand je regarde la télévision, c’est toujours eux qui sont accusés ». Notre coupable médiatique, nous le tenons. C’est le Noir, l’Arabe, le basané, bref l’Indigène.

Pour varier les plaisirs, et surtout pour donner l’impression que la menace est partout, on distingue deux grandes catégories de Coupable Idéal.

Usual Suspect

Première catégorie, les « tape-à-l’œil », c’est-à-dire ceux qu’on identifie immédiatement comme les « méchants » (aussi facilement qu’un gamin sait bien que, dans son dessin animé, le méchant c’est celui tout en noir avec un air contrarié). Ce sont les « survet’casquet’baskets » comme on aime à les appeler, « le groupe » ou « la bande » de « jeunes », ou encore « les banlieusards », « les délinquants », « les barbares » comme on les a, notamment, désignés à l’époque de « l’affaire du RER D ». Marie-Léonie, « la fausse victime », pour être cru et finalement se voir si vite dépassée par son mensonge, n’a pas eu à faire preuve de beaucoup d’inventivité pour dresser le portrait de ses agresseurs imaginaires : trois ans de propagande médiatique et politique à haute intensité sur le thème de l’insécurité ont, d’heures de reportage en dossier spécial, taillé de toute pièce le costume de ce nouvel ennemi public, voleur, voileur, violeur et porte-drapeau de « la nouvelle judéophobie ».

Dans cette affaire et surtout dans l’emballement médiatique et politique qu’elle a suscité, la sacro-sainte parole de la « victime » n’a pas été plombée par le poids du conditionnel et d’autres modalisateurs (loin de là) comme cela a été le cas dans le traitement du témoignage de Nouredine.

Et même quand le témoignage s’avère mensonger, il se trouve encore des responsables politiques pour nous expliquer que « Si c’est un coup monté, évidemment, ce serait critiquable en tant que coup monté. Mais  ça ne changerait rien au fait que c est la dixième ou la vingtième agression de ce genre. Même si celle-ci se révélait après coup ne pas s’être passée comme on nous le raconte, ce qui est sûr, c est qu’il y en a eu vingt avant. » (Dominique Strauss-Kahn).

Enfin, on pourrait ajouter à cette catégorie des « tape-à-l’œil » ostensiblement coupables « le barbu » : figure anonyme omniprésente dans la propagande anti-voile prohibitionniste.

Les Infiltrés

Ceux appartenant à la deuxième catégorie sont peut-être plus dangereux encore puisque quasi incognito. Ça pourrait être votre voisin, pourtant si serviable, votre épicier, pourtant si aimable, votre collègue, pourtant si ouvert ou votre cardiologue, pourtant si  « intégré ». On connaît la morale de cette histoire : méfions-nous, « ils » sont parmi nous, invisibles et omniprésents. On l’a vu, heureusement que les médias sur le qui-vive savent si souvent passer outre la déontologie la plus élémentaire  pour débusquer pour nous ces fourbes, ces comploteurs. Dans l’affaire AZF et sa « piste islamiste ignorée », ce sont le Figaro et Valeurs Actuelles qui ont donné le La avant d’être largement relayés par une grande partie du champ médiatique (et avant d’être finalement condamnés pour diffamation…). Souvenez-vous, les multiples caleçons de Hassan Jandoubi avaient suffi pour faire de lui le dangereux kamikaze responsable de la catastrophe toulousaine. Et on n’a pas manqué de voir sa femme, obligée de préciser, de micros en micros, que oui, il la laissait bien sortir, que oui, il la laissait bien travailler, sans compter ses amis assénant partout qu’il ne faisait pas le ramadan, et son beau-frère, Roland, expliquant que Hassan mangeait du cochon, buvait de l’alcool et ne lisait ni ne parlait l’arabe. On a même eu droit à l’Imam du quartier jurant dans les pages de la Dépêche qu’il n’avait jamais vu ce monsieur. Comme si, a contrario, le fait d’avoir une épouse mère au foyer, de faire le ramadan, de ne pas manger de porc, de ne pas boire d’alcool, de lire et de parler l’arabe et enfin, d’aller à la mosquée, constituaient les symptômes flagrants d’un sérieux penchant pour le terrorisme.

Pour Abderrezak Besseghir, le bagagiste de Roissy que la presse (avec par exemple 13 articles en 10 jours pour Le Parisien) a, aussi, présenté comme un terroriste en puissance, son « irréprochabilité » est finalement devenue une preuve de sa culpabilité. Ça paraît être un contre-sens mais c’est sans compter la souplesse intellectuelle des nombreux journalistes qui, dans cette affaire, ont endossé sans vergogne le rôle de supplétifs de la police. Ce qui rend coupable un Indigène comme A. Besseghir, c’est l’idée qu’il cache forcément quelque chose comme le laisse entendre, entre autres, Frédéric Helbert d’Europe 1 : « Le bagagiste n’a pas de passé islamiste connu. Mais cela ne veut rien dire. Au contraire, souligne un expert, pour mener une opération d’infiltration sur un terrain aussi sensible qu’un aéroport, mieux vaut trouver un homme au profil impeccable. ».

Quand l’Indigène n’est pas trop ostentatoire, il est trop invisible. Quoiqu’il en soit, il est toujours de trop.

Il arrive malgré tout que l’Indigène soit victime. Mais là où le bas blesse, c’est que le même Indigène puisse être à la fois victime et coupable.

On prend les mêmes et on recommence.

Besseghir était victime d’un complot familial et Jandoubi est mort dans l’explosion de l’usine AZF. Et comme si cela n’avait pas suffi, ils ont tous deux, comme tant d’autres, été victimes d’une « bavure » médiatique.

C’est que dans notre nouvelle « méritocratie », être victime ça se mérite, aussi. S’il est habituel de voir apparaître dans un article le métier des personnes citées, il est assez rare que l’on ait à détailler celui-ci aussi précisément que cela a été fait, d’articles en articles, à l’occasion de « l’affaire Nouredine » : on a pu lire que Nouredine est « titulaire d’un bac + 5 en statistiques, chargé d’études en CDI dans une société de gestion clientèle ». Cette prolifération de détails n’est que le listing de « garanties », une preuve de son « insertion dans la société » nécessaire, semble-t-il, pour accorder un peu de crédit à son témoignage. On en vient à se demander ce qu’il en aurait été si Nouredine avait été sans diplôme, ouvrier non qualifié en intérim. Bien que l’on n’ait pas encore de système de mesure de la « bonne intégration » (ce qui n’a pas empêché la récente création d’un « prix de l’intégration »), nous savons que l’acquisition de diplômes (et donc d’une culture « légitime ») et l’insertion à un poste de cadre dans une société privée (et donc la garantie que vous avez au moins brillamment passé l’épreuve de la discrimination à l’embauche) assure le français de souche de votre intégration. Ce qui rassure un peu dans le profil de Nouredine, et ce que les journalistes jugent donc bon de souligner, c’est qu’il leur ressemblerait presque, qu’il n’est pas complètement Autre, et donc qu’il est en mesure de recevoir un peu de leur compassion. D’autres, comme on l’a vu dans « l’affaire Rudy », bien qu’étant membre d’un gang, ayant participé à des affrontements et étant sous contrôle judiciaire, n’ont pas à montrer patte blanche pour acquérir, de fait, le statut de victime.

L’Indigène est forcément coupable. Même quand il est victime.

Repensons à Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur EDF en 2005, que les plus hautes instances avaient tout de suite traités en coupables. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, ne s’est toujours pas excusé de sa déclaration mensongère (il avait promptement présenté les deux victimes comme étant des cambrioleurs) et cette calomnie n’a, a priori, eu aucune incidence sur sa carrière politique, les journalistes ayant jugé bon de ne pas le « titiller » sur cette question.

Deux ans plus tard, même scénario à Villiers-le-Bel. Rien n’a été fait ou dit par les représentants de l’État pour signifier le statut de victime de Laramy et Moshrine, pas de cérémonie officielle ni d’accueil pompeux des familles. À ce désintérêt politique insultant, s’est ajoutée la grossièreté de nombreux média qui, à l’occasion de cette affaire, dans leur bavardage nécessaire, ont préféré « relancer le débat sur la dangerosité des mini-motos » évitant ainsi un débat plus conséquent : celui portant sur la dangerosité des agents de police dans nos quartiers.

Retour à la case départ.

Il était finalement vain d’ouvrir notre réflexion à questionner le traitement de telles affaires en fonction de qui en était la victime ou de qui en était le coupable. Qu’il soit coupable, non-coupable ou victime, l’Indigène se voit traité avec suspicion, mépris, et presque toujours de manière inégalitaire.

« Les médias mentent », ça on le savait déjà. « Les médias sont racistes et propagent une idéologie raciste », ça il serait temps que ce soit plus largement admis.

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Après le soutien apporté la semaine dernière par la Ligue des Droits de l’Homme qui se constituera partie civile, c’est au tour du Collectif Contre l’Islamophobie en France de se constituer partie civile dans l’affaire de mon agression islamophobe. J’en profite pour remercier ces deux organisations à travers les personnes de Michel Tubiana et Samy Debah.

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