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Archive for janvier 2012

Le Monde.fr | 31.01.2012 à 20h29 • Mis à jour le 31.01.2012 à 20h29

Par Yves Bordenave

A priori Kevin Lamadieu, 22 ans, et Romain Blandin, 24 ans, n’ont pas grand chose en commun. Le premier, plombier de profession, porte des cheveux taillés très courts, une veste noire à bouton et revendique des convictions « nationalistes » dont il n’a pas « honte ». Le second, étudiant en histoire, arbore une longue queue de cheval, se dit volontiers « gothique » mais sans engagement politique.

Certes, ils se connaissent, mais à les entendre à la barre du tribunal correctionnel de Versailles devant lequel ils comparaissaient mardi 30 janvier pour « violence en réunion à raison de l’appartenance religieuse », ils ne se fréquentent que de manière occasionnelle. Kevin milite depuis l’âge de 15 ans dans des organisations d’extrême droite. Encarté au GUD, il ne rate pas une manifestation. Romain, lui, assure se tenir loin de tout ça.

Ils répondent tous deux d’une agression commise dans la nuit du 24 au 25 juillet 2008 à Guyancourt (Yvelines), contre Nouredine Rachedi, 34 ans. Ce soir là, peu après minuit, Nouredine rentrait chez lui. Abordé par les deux jeunes gens qui lui demandent une cigarette, il répond qu’il n’en a plus. L’un d’eux l’interroge sur son appartenance religieuse : « Tu es musulman ? » Nouredine répond que oui. L’autre enchaîne : « que penses-tu des événements en ex-Yougoslavie ? » Nouredine n’a pas le loisir de se pencher sur la question. Les deux jeunes gens le frappent au visage, le mettent à terre et le rouent de coups avant de prendre la fuite. Nouredine s’en sort avec de multiples contusions et 21 jours d’incapacité totale de travail.

Deux semaines plus tard, après qu’il eut décrit ses agresseurs aux policiers, ces derniers lui soumettent 90 photographies de jeunes gens correspondant à sa description. Nouredine n’a pas une hésitation : il désigne de suite Kevin Lamadieu. Celui-ci est connu de la police pour son appartenance à l’extrême droite. Il est considéré comme « dangereux » en raison des violences dont il s’est déjà rendu coupable et pour lesquelles il a été condamné. Interpellé, il nie. A son domicile, les policiers découvrent tout un attirail du parfait néo-nazi : portrait d’Hitler, ouvrages fascistes, photos de l’intéressé en tenue nazi bras tendu en un salut impeccable… Bref la panoplie complète des nostalgiques du troisième Reich. Pour sa défense Kevin bredouille qu’il n’est pas « raciste, ni xénophobe, ni même antisémite ». Mais il aime l’histoire. Et quoiqu’il en soit, il n’a « jamais rencontré Nouredine Rachedi ».

Même chose pour son comparse. Lui n’a pas été identifié de manière aussi formelle. Nouredine ne l’a désigné que huit mois après l’agression. C’est l’enquête qui a permis de rapprocher les deux prévenus et l’examen de leur téléphonie qui a pu établir que le soir des faits, ils étaient probablement ensemble. A l’instar de son copain, Romain nie les accusations proférées contre lui.

Ces dénégations n’ont pas convaincu le parquet. Si, comme l’a expliqué la présidente du tribunal, Anne Demortière, l’objet de ce procès était d’examiner si oui ou non, les deux prévenus ont commis l’agression dont ils sont soupçonnés, la représentante du ministère public est convaincue que « leur appartenance politique constitue le mobile de cette violence ». Elle a requis 18 mois de prison dont 12 avec sursis contre les deux suspects. Jugement le 14 février.

Yves Bordenave

Source :  Le Monde

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Agressé parce que musulman. Nouredine Rachedi s’en souviendra toujours. Le trentenaire s’était fait rouer de coups en juillet 2008 dans un parc public par deux jeunes hommes se présentant comme des « nazis » à Guyancourt, dans les Yvelines, après que les agresseurs lui ont demandé s’il était musulman. Trois ans après les faits, le procès aura enfin lieu mardi 31 janvier. M. Rachedi revient sur cet épisode douloureux et malgré sa méfiance envers les institutions judiciaires, il espère bien récolter les fruits de sa bataille menée jusqu’à présent.

Nouredine Rachedi après son agression en août 2008.

Le caractère islamophobe de la violente agression contre Nouredine Rachedi n’est plus à démontrer. Plus de trois ans après les faits, le procès se tiendra enfin à la 8e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Versailles mardi 31 janvier.

La victime espère que la justice saura rendre un verdict exemplaire afin de rappeler aux prévenus et à la société que l’islamophobie n’est pas une opinion mais un délit. Epaulé par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui se sont constitués partie civile, M. Rachedi va devoir affronter à nouveau ses agresseurs – qui nient à ce jour les faits, selon nos sources – et se remémorer cette nuit du 24 au 25 juillet 2008, dont il se souviendra toute sa vie.

 

Une agression aux circonstances aggravantes

C’était à son retour vers son domicile à Guyancourt, dans les Yvelines, ce soir-là, qu’il fait la malheureuse rencontre avec ses agresseurs dans un parc public. Selon M. Rachedi, deux jeunes inconnus de type européen l’arrêtent pour lui demander une cigarette. L’un d’entre eux lui demande d’abord s’il est musulman, ce à quoi il répond affirmativement. On lui demande ensuite depuis combien de temps il est en France, ce à quoi il répond qu’il y est né et qu’il y a toujours vécu.

C’est là qu’ils se présentent à M. Rachedi comme des « nazis » et qu’ils lui demandent ensuite leur avis de l’ex-Yougoslavie. Une question saugrenue à première vue mais qui est posée quatre jours après l’arrestation le 21 juillet, à Belgrade, de Radovan Karadzic, responsable du meurtre de milliers de Musulmans en Bosnie entre 1991 et 1995. Le ton est monté et s’ensuit le passage à tabac du chargé d’études statistiques : coups de poing, coups de pied sur tout le corps et la tête. Bilan : hématomes, plaies au crâne, pneumothorax (décollement du poumon), qui lui valent une incapacité totale de travail (ITT) de 21 jours.

Si le premier agresseur a vite été identifié, il faudra plus d’un an pour attraper le second. Tous deux sont jeunes mais ont un passé de violences derrière eux, surtout le premier, un gros bras militant dans des mouvements d’extrême droite.

Malgré les preuves, M. Rachedi met plusieurs semaines à faire reconnaître le caractère raciste de son agression et à voir une requalification des chefs d’accusation qui n’a été possible, selon lui, qu’après « une pression médiatique exercée ». « J’aurais aimé que le parquet se rende compte par lui-même plutôt que d’avoir à donner des interviews au mois d’août 2008. Cet épisode me reste en travers de la gorge », nous déclare-t-il.

 

La lutte contre l’islamophobie institutionnelle

Accusés pour « violences aggravées en réunion en raison de l’appartenance à une religion », les deux prévenus, qui comparaissent libres, risquent jusqu’à sept ans de prison.

En théorie, car ils nient encore les faits qui leur sont reprochés. « C’est une stratégie de leur part et c’est bien joué car ils peuvent toujours compter sur l’islamophobie des institutions » et que la lutte contre ce racisme « ne fait pas partie des priorités politiques du moment », estime M. Rachedi.

Ce dernier, qui se dit « confus car confiant et méfiant » à la fois envers les institutions judiciaires à l’approche du procès, reste toutefois déterminé à plaider avec force sa cause pour exiger une peine maximale contre ses agresseurs ainsi que des indemnités pour les préjudices physiques et moraux subis, estimant avoir « perdu une certaine stabilité professionnelle et psychologique ».

Poussé par sa hiérarchie à la démission après l’agression, l’ex-chargé d’études statistiques a préféré déménager pour « changer d’environnement » et vaque depuis d’un contrat de travail à un autre. Trois ans après, M. Rachedi reste marqué par cette histoire, mais espère que son procès lui permettra de tourner une nouvelle page.

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 27 Janvier 2012

Source : Saphirnews

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Tout d’abord, je suis touché par tous les messages de soutien que je reçois depuis hier. Depuis que je vous ai annoncé la date de mon procès suite à mon agression islamophobe. Il était temps, plus de trois ans et demi après les faits. Après le dépôt de ma plainte. La justice prend du temps. C’est tout à fait normal nous dit-on. Mais comme j’adore me victimiser, laissez-moi vous dire que si c’était moi qui avait agressé mes agresseurs, la justice aurait été bien plus expéditive. Quoi, vous ne me croyez pas ? On parie ?

Ensuite, laissez-moi vous remercier chaleureusement pour tout le bien que vous me faites qui avec vos messages d’encouragement, qui avec vos messages de consolation, qui avec vos messages de sympathie. Ces messages viennent de tous les citoyens épris de justice que vous êtes, quelles que soient votre confession ou appartenance sociale ou ethnique. Certes, beaucoup de musulmans ont été touchés par mon histoire. Mais pas que, loin de là. J’espère être tout aussi présent dans mon combat sur tous les autres racismes tels la négrophobie, le racisme anti-roms par exemple, le racisme anti-juif.

Entre temps, il a fallu se battre pour que ma plainte soit instruite avec la circonstance aggravante du racisme. Cela m’a coûté une médiatisation dont personnellement je me serais bien passé. Vous ne me croyez pas ? Vraiment ? Et bien, si jamais le parquet, dès le dépôt de ma plainte, avait retenu toutes les circonstances aggravantes (ne manquait que la circonstance aggravante de racisme, comme par hasard), je ne me serais jamais aventuré sur le terrain médiatique. Trop coûteux en énergie, en investissement émotionnel. Et que sais-je encore. Et puis, tellement peur de me retrouver coupable alors que je suis victime, pour une virgule mal placée, un mot mal pesé. C’est ça aussi, la condition moderne du musulman en France (écrit sur le ton de la victimisation, bien entendu).

Ainsi, ce qui m’a fait le plus fait mal, dans toutes les réactions suscitées par cette agression, ce sont celles et ceux qui me reprochaient de me victimiser. Leur logique est la suivante : j’adorerais ma place de victime. Exagérons (à peine) : cette agression, je l’aurais cherchée voire même mise en scène. Un peu comme une femme qui se fait violer, qui trouve le courage de porter plainte, et à qui on dirait : « mais tu l’as un peu cherché tout de même ! Regarde comment tu souris, regarde comment tu t’habilles »… C’est au fond la même logique : défendre l’agresseur contre la victime ou faisant passer le bourreau pour la victime et la victime pour un bourreau. Que du connu.

 

Je n’ai jamais regardé la couleur de peau de la victime pour reconnaître à la victime ses droits. C’est la moindre des choses. Mais ces procès en victimisation, par la fréquence à laquelle j’ai dû les encaisser, témoigne d’un profond malaise qui a déjà gangréné les esprits : une victime de confession musulmane n’est pas très rentable, ni médiatiquement, ni politiquement. Tous ces procès en victimisation ne sont qu’invitations feutrées et policées à fermer mon clapet. Et ça marche, puisque j’ai fermé mon clapet plus de trois ans. Mais je voulais au moins l’ouvrir un peu pour dire ceci : à tous ceux qui m’ont fait ces procès-là, soyez courageux, et faites plutôt ce procès aux vrais docteurs ès victimisation, à savoir, toutes celles et ceux qui surfent sur l’islamophobie qu’ils fabriquent et qu’ils alimentent. Tout ceci pour éviter de se responsabiliser un peu et affronter les graves réalités sociales qui minent ce pays et ce continent. L’emploi et le logement par exemple. D’ailleurs, je cherche un emploi dans le domaine du conseil en maîtrise d’ouvrage des systèmes d’information et/ou pilotage de projets informatiques.

Enfin, pour finir, une petite confession. J’ai combattu pendant des années les réflexes de victimisation qui existent chez moi et chez certains de mes frères musulmans. Ces réflexes existent d’ailleurs chez tout groupe discriminé. Je trouvais ces plaintes répétitives fatigantes. Je percevais ces plaintes comme des freins à notre développement personnel et collectif. Mais en luttant contre les mécanismes de victimisation, nous prenons le risque de nous couper des vraies victimes qui veulent être entendues et reconnues dans leur douleur. Des victimes de plus en nombreuses, fabriquées par le climat d’islamophobie et par toutes les politiques de tensions communautaires. Il y a un point d’équilibre à trouver entre lutte contre la victimisation et reconnaissance des victimes. Je le cherche encore. Puissent nos échanges contribuer à m’en approcher.

Nouredine RACHEDI

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