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Archive for septembre 2008

C’est à partir de 02:13

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Le 25 juillet, à 0 h 57, à Versailles (Yvelines), Nouredine Rachedi a été violemment roué de coups : hématome à l’œil droit et à l’épaule, multiples plaies au crâne et contusions sur tout le corps… Résultat : une ITT de 21 jours. Cela aurait pu être l’histoire d’une “banale” agression si l’une des brutes, formellement reconnue par Nouredine, n’était pas proche des mouvances d’extrême droite et connue des services de police pour des cas de violence volontaire. C’est pour son appartenance religieuse que Nouredine, chargé d’études statistiques, jusque-là sans histoire, a subi les foudres de ces fanatiques du IIIe Reich (lors de la perquisition dans la chambre de l’un des accusés, une collection d’objets à caractère nazi a été retrouvée). Avant de s’attaquer à lui, les deux hommes lui ont demandé s’il était musulman et quel était son avis sur les problèmes ethniques en Yougoslavie. Pour Nouredine, aucun doute : “Il s’agit d’un acte islamophobe. Aujourd’hui, ma version prévaut toujours. C’est seulement au terme de l’enquête que la requalification ‘d’agression raciste ‘ pourra être effective.”

Après s’être livré à la police, l’un des deux suspects, Kevin L., 18 ans, a affirmé avoir été “accusé à tort ”. Il a été écroué à la maison d’arrêt de Boisd’Arcy (78). Au 15 août, le second suspect était toujours recherché. Au fil des jours, Nouredine a reçu des centaines de témoignages de soutien. “Je vais mieux physiquement, mais moralement, je commence à accuser le coup. J’ai reçu le soutien du maire de Guyancourt et de Bernard Coche, le conseiller de l’imam de Drancy qui œuvre pour l’amitié judéo-musulmane et qui a appelé les organisations juives de France à condamner ces actes barbares.”

Source : Le Courrier de l’Atlas

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Par Stedher

 

A l’occasion de « l’affaire Nouredine Rachedi » et au vu de sa médiatisation, retour sur le traitement journalistique des faits divers impliquant des Indigènes.

 

Une fois n’est pas coutume, félicitons les journalistes. Remercions-les de tous leurs « selon ses déclarations », leurs « il affirme que », leur emploi vertigineux du conditionnel et leur parcimonie dans le traitement médiatique de l’agression dont a été victime notre ami Nouredine Rachedi. Bref, remercions-les pour leur prudence, et finalement pour leur grand professionnalisme.

Malgré tout, nous nous étonnons.

C’est qu’on finit par les connaître un peu, les journalistes. Papier, radio ou télé, nous commençons à être au fait de leur prestidigitation,  de leurs tours de passe-passe et de leurs dons pour le surnaturel. Du coup, en public aguerri, on se demande comment ça se fait que sur cette affaire ils aient fait preuve d’autant de «  professionnalisme » tandis que sur tant et trop d’autres affaires, on les a connus prodigues en bavardages, pris par leur emballement, peu précautionneux ou encore carrément affabulateurs.

Entre nous, il est peut-être bon de se demander si le traitement médiatique de ce type d’affaire diffère en fonction de qui en est le coupable ou en fonction de qui en est la victime.

Les coupables, nous les connaissons, « ce sont toujours les mêmes ». Comme le répondit Marie-Léonie, l’ « affabulatrice du RER D », au président du tribunal qui lui demandait pourquoi elle avait accusé des Maghrébins et des Noirs : « Parce que quand je regarde la télévision, c’est toujours eux qui sont accusés ». Notre coupable médiatique, nous le tenons. C’est le Noir, l’Arabe, le basané, bref l’Indigène.

Pour varier les plaisirs, et surtout pour donner l’impression que la menace est partout, on distingue deux grandes catégories de Coupable Idéal.

Usual Suspect

Première catégorie, les « tape-à-l’œil », c’est-à-dire ceux qu’on identifie immédiatement comme les « méchants » (aussi facilement qu’un gamin sait bien que, dans son dessin animé, le méchant c’est celui tout en noir avec un air contrarié). Ce sont les « survet’casquet’baskets » comme on aime à les appeler, « le groupe » ou « la bande » de « jeunes », ou encore « les banlieusards », « les délinquants », « les barbares » comme on les a, notamment, désignés à l’époque de « l’affaire du RER D ». Marie-Léonie, « la fausse victime », pour être cru et finalement se voir si vite dépassée par son mensonge, n’a pas eu à faire preuve de beaucoup d’inventivité pour dresser le portrait de ses agresseurs imaginaires : trois ans de propagande médiatique et politique à haute intensité sur le thème de l’insécurité ont, d’heures de reportage en dossier spécial, taillé de toute pièce le costume de ce nouvel ennemi public, voleur, voileur, violeur et porte-drapeau de « la nouvelle judéophobie ».

Dans cette affaire et surtout dans l’emballement médiatique et politique qu’elle a suscité, la sacro-sainte parole de la « victime » n’a pas été plombée par le poids du conditionnel et d’autres modalisateurs (loin de là) comme cela a été le cas dans le traitement du témoignage de Nouredine.

Et même quand le témoignage s’avère mensonger, il se trouve encore des responsables politiques pour nous expliquer que « Si c’est un coup monté, évidemment, ce serait critiquable en tant que coup monté. Mais  ça ne changerait rien au fait que c est la dixième ou la vingtième agression de ce genre. Même si celle-ci se révélait après coup ne pas s’être passée comme on nous le raconte, ce qui est sûr, c est qu’il y en a eu vingt avant. » (Dominique Strauss-Kahn).

Enfin, on pourrait ajouter à cette catégorie des « tape-à-l’œil » ostensiblement coupables « le barbu » : figure anonyme omniprésente dans la propagande anti-voile prohibitionniste.

Les Infiltrés

Ceux appartenant à la deuxième catégorie sont peut-être plus dangereux encore puisque quasi incognito. Ça pourrait être votre voisin, pourtant si serviable, votre épicier, pourtant si aimable, votre collègue, pourtant si ouvert ou votre cardiologue, pourtant si  « intégré ». On connaît la morale de cette histoire : méfions-nous, « ils » sont parmi nous, invisibles et omniprésents. On l’a vu, heureusement que les médias sur le qui-vive savent si souvent passer outre la déontologie la plus élémentaire  pour débusquer pour nous ces fourbes, ces comploteurs. Dans l’affaire AZF et sa « piste islamiste ignorée », ce sont le Figaro et Valeurs Actuelles qui ont donné le La avant d’être largement relayés par une grande partie du champ médiatique (et avant d’être finalement condamnés pour diffamation…). Souvenez-vous, les multiples caleçons de Hassan Jandoubi avaient suffi pour faire de lui le dangereux kamikaze responsable de la catastrophe toulousaine. Et on n’a pas manqué de voir sa femme, obligée de préciser, de micros en micros, que oui, il la laissait bien sortir, que oui, il la laissait bien travailler, sans compter ses amis assénant partout qu’il ne faisait pas le ramadan, et son beau-frère, Roland, expliquant que Hassan mangeait du cochon, buvait de l’alcool et ne lisait ni ne parlait l’arabe. On a même eu droit à l’Imam du quartier jurant dans les pages de la Dépêche qu’il n’avait jamais vu ce monsieur. Comme si, a contrario, le fait d’avoir une épouse mère au foyer, de faire le ramadan, de ne pas manger de porc, de ne pas boire d’alcool, de lire et de parler l’arabe et enfin, d’aller à la mosquée, constituaient les symptômes flagrants d’un sérieux penchant pour le terrorisme.

Pour Abderrezak Besseghir, le bagagiste de Roissy que la presse (avec par exemple 13 articles en 10 jours pour Le Parisien) a, aussi, présenté comme un terroriste en puissance, son « irréprochabilité » est finalement devenue une preuve de sa culpabilité. Ça paraît être un contre-sens mais c’est sans compter la souplesse intellectuelle des nombreux journalistes qui, dans cette affaire, ont endossé sans vergogne le rôle de supplétifs de la police. Ce qui rend coupable un Indigène comme A. Besseghir, c’est l’idée qu’il cache forcément quelque chose comme le laisse entendre, entre autres, Frédéric Helbert d’Europe 1 : « Le bagagiste n’a pas de passé islamiste connu. Mais cela ne veut rien dire. Au contraire, souligne un expert, pour mener une opération d’infiltration sur un terrain aussi sensible qu’un aéroport, mieux vaut trouver un homme au profil impeccable. ».

Quand l’Indigène n’est pas trop ostentatoire, il est trop invisible. Quoiqu’il en soit, il est toujours de trop.

Il arrive malgré tout que l’Indigène soit victime. Mais là où le bas blesse, c’est que le même Indigène puisse être à la fois victime et coupable.

On prend les mêmes et on recommence.

Besseghir était victime d’un complot familial et Jandoubi est mort dans l’explosion de l’usine AZF. Et comme si cela n’avait pas suffi, ils ont tous deux, comme tant d’autres, été victimes d’une « bavure » médiatique.

C’est que dans notre nouvelle « méritocratie », être victime ça se mérite, aussi. S’il est habituel de voir apparaître dans un article le métier des personnes citées, il est assez rare que l’on ait à détailler celui-ci aussi précisément que cela a été fait, d’articles en articles, à l’occasion de « l’affaire Nouredine » : on a pu lire que Nouredine est « titulaire d’un bac + 5 en statistiques, chargé d’études en CDI dans une société de gestion clientèle ». Cette prolifération de détails n’est que le listing de « garanties », une preuve de son « insertion dans la société » nécessaire, semble-t-il, pour accorder un peu de crédit à son témoignage. On en vient à se demander ce qu’il en aurait été si Nouredine avait été sans diplôme, ouvrier non qualifié en intérim. Bien que l’on n’ait pas encore de système de mesure de la « bonne intégration » (ce qui n’a pas empêché la récente création d’un « prix de l’intégration »), nous savons que l’acquisition de diplômes (et donc d’une culture « légitime ») et l’insertion à un poste de cadre dans une société privée (et donc la garantie que vous avez au moins brillamment passé l’épreuve de la discrimination à l’embauche) assure le français de souche de votre intégration. Ce qui rassure un peu dans le profil de Nouredine, et ce que les journalistes jugent donc bon de souligner, c’est qu’il leur ressemblerait presque, qu’il n’est pas complètement Autre, et donc qu’il est en mesure de recevoir un peu de leur compassion. D’autres, comme on l’a vu dans « l’affaire Rudy », bien qu’étant membre d’un gang, ayant participé à des affrontements et étant sous contrôle judiciaire, n’ont pas à montrer patte blanche pour acquérir, de fait, le statut de victime.

L’Indigène est forcément coupable. Même quand il est victime.

Repensons à Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur EDF en 2005, que les plus hautes instances avaient tout de suite traités en coupables. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, ne s’est toujours pas excusé de sa déclaration mensongère (il avait promptement présenté les deux victimes comme étant des cambrioleurs) et cette calomnie n’a, a priori, eu aucune incidence sur sa carrière politique, les journalistes ayant jugé bon de ne pas le « titiller » sur cette question.

Deux ans plus tard, même scénario à Villiers-le-Bel. Rien n’a été fait ou dit par les représentants de l’État pour signifier le statut de victime de Laramy et Moshrine, pas de cérémonie officielle ni d’accueil pompeux des familles. À ce désintérêt politique insultant, s’est ajoutée la grossièreté de nombreux média qui, à l’occasion de cette affaire, dans leur bavardage nécessaire, ont préféré « relancer le débat sur la dangerosité des mini-motos » évitant ainsi un débat plus conséquent : celui portant sur la dangerosité des agents de police dans nos quartiers.

Retour à la case départ.

Il était finalement vain d’ouvrir notre réflexion à questionner le traitement de telles affaires en fonction de qui en était la victime ou de qui en était le coupable. Qu’il soit coupable, non-coupable ou victime, l’Indigène se voit traité avec suspicion, mépris, et presque toujours de manière inégalitaire.

« Les médias mentent », ça on le savait déjà. « Les médias sont racistes et propagent une idéologie raciste », ça il serait temps que ce soit plus largement admis.

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